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Vale Decem -  Au jour le jour

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28 avril 2014

Salon du dessin 2014 - Deux fox terriers - Francis Picabia

 

nez

Une truffe

 

oeil

Un oeil

 

oreille

Une oreille

 

pelage

Du pelage

 

barbe

Des poils sous le menton

 

Ce sont les lettres du mot "fox-terrier" écrit par Francis Picabia. Mais le dessin dit beaucoup plus que "chien". Il dit : "attention extrême et soutenue", il dit : "profil aérodynamique", il dit : "regard affuté", il dit : "muscles tendus près à l'action". Et ce qui permet de raconter tout cela, c'est la façon dont les lettres du mot sont liées.

Le langage graphique est d'une précision d'horloger, il va à l'essentiel et il le formule clairement. Trait affirmé et net, contour juste, pour le nez et l'oeil, où se concentrent toute l'attention et la fixité du chien. Trait "mouvant" pour l'oreille, qui se pointe vers l'avant. Traits en tous sens pour évoquer le pelage du chien. Et ce qui lie tout cela, ce sont les lignes... le dessus de la tête, de la pointe du nez à la nuque, et la courbe de la gorge, qui porte la tête en avant. Tout est tendu, près au départ.

Je ne peux pas m'empêcher en voyant ce dessin de penser à une voiture de course et à son pilote.

ferrari_f12_profil

J'y vois une grande élégance dans le contenu et beaucoup de savoir faire dans la technique de dessin. L'aquarelle est discrète, mais joue un rôle de premier plan dans la réussite du dessin. L'ombre subtile de la joue suffit à rendre son relief. On sent les muscles et la machoire sous cette ombre. Pour exécuter ce dessin les moyens sont simples. Mais l'exécution est parfaite et le contenu est d'une grande richesse émotionnelle.

 

Picabia, 2 fox terriers, G

Graphite et pierre noire, aquarelle sur papier - 24 x 31 cm.

 

Je me suis fait toutes ces réflexions hier soir, en regardant longuement ce dessin. J'avoue que je ne connaissais rien de son auteur.

J'ai lu ce matin des résumés de sa biographie. Il y est dit que Francis Picabia aimait les voitures, au point d'en avoir possédé plus de 150. Cet amour immodéré a contribué à sa ruine. 

 

 

picabia_o

 Francis Picabia au volant d'une de ses voitures

 

Il est étonnant que cette passion soit passée dans le dessin de ces chiens, et que cela soit arrivé jusqu'à moi. La magie du dessin...

 

Nul doute que Francis Picabia aurait aimé les voitures d'aujourd'hui. Les voitures de course en 1926-1928 (date approximative du dessin) n'avaient pas le profil aérodynamique des fox-terriers. La voiture de course en 1927 c'était ça :

 

Type_48

Peugeot 201X - 1927


Modèle de compétition équipé d'un moteur de 994 cm3 à arbre à cames en tête développé par Bugatti, fabriqué à une vingtaine d'exemplaires. Elles atteignaient 135 km/h.

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27 avril 2014

Salon du dessin 2014 - Celle qui fut la Belle Heaulmière - (suite)

 

Je voulais passer à un autre dessin, à un autre artiste, et je n'ai pas pu. Mes pensées revenaient vers "Celle qui fut la Belle Heaulmière".

Je n'en ai pas fini avec elle. Où alors c'est elle n'en a pas fini avec moi.... Je n'ai pas bien regardé, je me pose encore des questions.

Je reviens donc vers ce dessin. A la recherche "du truc" de magicien qui permet de donner à des traits sur du papier l'apparence d'une femme.

Mais regarder un dessin de plus près, se concentrer sur les marques du crayon ne répond pas à la question "par quelle magie... ?".

Quand on s'approche on ne voit plus que des traits. Parfois fins et doux, parfois appuyés et énergiques, c'est leur association qui forme ce que notre cerveau interprète comme la vision d'une femme, en chair et en os, avec de la peau, des cheveux, une respiration, une vie. Les ombres sont plus discrètes. On peut oublier les plus subtiles si on n'y prend pas garde. Ombre et trait chantent la même partition où le trait est soliste et les ombres sont les choeurs.

 

auguste rodin

Je regarde comment est dessinée sa main. Ce n'est pas une main c'est une griffe. Prise séparemment du reste du dessin elle parait exécutée de manière malhabile, mais quand elle se rattache à l'ensemble, elle évoque les déformations d'une vieille main, dont les doigts se font crochus, les dernières phalanges pointues, la pulpe des doigts amaigrie. On pourrait presque les voir trembler, c'est la nature du tracé qui fait ça. Le trait qui parait mal assuré. Le dessinateur ne s'est pas attardé sur l'exactitude du dessin, il a indiqué la main dans ses caractéristiques et ça suffit.

Je regarde le pied. Contrairement à la main il paraît anatomiquement parfait. On devine l'articulation de la cheville, les tendons sur le dessus du pied, les ombres rendent les contours des os et presque la nature dessechée de la peau. On a l'impression de voir les veines, évoquées par un trait. Ce pied à l'existence charnelle ne flotte pas dans les airs, il est solidement appuyé sur le sol, ce dernier étant matérialisé par un trait qui s'enfonce vers le bas. Cela suffit à évoquer le poids des ans, le poids de la fatigue.

Je regarde le mollet, le genou, la cuisse. Sur l'avant du tibia, sur le dessus de la cuisse, on voit les traits de repentir. N'oublions pas que c'est un sculpteur. Il enlève de la matière. Il creuse autour des muscles, il ôte de la chair, il sculpte le dessin d'une jambe maigre, il fait apparaitre l'os saillant du genou, par le trait de contour et par l'ombrage et l'estompe.

Je regarde l'appui du corps sur le siège, la façon dont la peau du fessier, la mollesse de la chair est rendue d'un simple trait, simple mais juste.  La forme de la hanche, on la devine, parce que le bras prend appui dessus. Un renflement de la forme de l'avant-bras rend compte de cet appui, par la déformation qu'il provoque.

Je regarde le ventre, il est très simplement rendu, le contour d'un sein, le contour de l'abdomen à l'avant, la peau est fripée, pour le dire il suffit de faire trembler le trait, et pour sculpter la forme, utiliser les ombres pour creuser un peu les flancs.

Je regarde l'épaule, le bras, la nuque, le dos, encore de l'exactitude anatomique. Des os des muscles des tendons, et dessus de la peau qui pend, indiquée par le contour.

Je regarde la posture du corps et la lumière ensemble, parce qu'elles sont liées par un jeu de plein et de vide. La femme est courbée vers l'avant, au point de rupture d'équilibre. L'éclairage joue un rôle très important dans ce dessin, c'est l'accouplement du blanc et du noir qui aimante le regard vers le dessin et le retient. Je reparlerai de cette association à propos d'autres oeuvres.

Je regarde le choix d'éclairage du dessinateur. La lumière est frontale vis à vis de la femme, elle éclaire son ventre, son torse, le haut de ses bras, son visage. Toutes ces parties du corps sont très claires et semblent prendre appui sur l'ombre, sur la forme négative qui se trouve au centre du dessin. Cette forme noire est la vedette cachée de ce dessin, on la voit quand on concentre le regard dessus. On peut presque y voir un visage de profil. 

Cette ombre est spéciale, elle a été estompée mais elle garde des endroits circulaires plus clairs, elle n'est pas uniforme. Le dessinateur y a ajouté de grands traits vigoureux, on se demande pourquoi. Ces traits sont une enigme. Mais on voit qu'ils participent à l'équilibre de l'ensemble du dessin. Ils tiennent en quelque sorte la femme en équilibre. Encore une fois, c'est un sculpteur, il prend en compte la poids de la tête, suspendue au dessus du vide. Est-ce que ces traits figurent l'existence potentielle d'une chevelure ? Ou un problème de contraintes de poids pour la réalisation de la sculpture ? En tout cas ils ont été tracés vigoureusement, ils sont importants.

Enfin je regarde tout l'extérieur de la forme du corps. Les espaces négatifs. Je vois au niveau du dos des hachures franches. Elles mettent l'accent sur la courbure du dos, font sentir la force qui pousse vers l'avant.

 

Regarder tous ces détails n'arrive encore pas à expliquer la magie du résultat final. C'est comme examiner les ingrédients d'une recette. Les considérer séparemment et même dans leur assemblage ne permet pas de comprendre l'alchimie de leur transformation.

Il reste une part de magie inexplicable dans le dessin, qui continue à me fasciner, et qui permet à ma curiosité de ne pas se lasser.

 

L'oeuvre sculptée dispose des trois dimensions et s'exprime avec une autre force dramatique que le dessin... Elle est palpable, matérielle. Le dessin, c'est une forme de matérialisation de l'idée sous forme d'écriture. Une écriture universelle bien plus parlante et précise que le langage parlé. Des centaines de mots ne suffisent pas à décrire le dessin. Mes pauvres phrases ci-dessus en sont l'illustration.

Le dessin est une forme de calligraphie. J'aime tous ces signes graphiques intimement liés à la main de celui qui les a tracés, et qui parlent de lui, de son caractère, de sa sensibilité, de ses préoccupations, de sa technique. Les traits parlent, ils trahissent, une hésitation, une affirmation, un doute, une tendresse, une violence, une impatience, une application... Dans la peinture il y a la touche, qui parle aussi, et les couleurs... c'est autre chose encore. C'est plus éloigné de l'écriture.

 

La sculpture, c'est le sujet devenu objet.

 

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"L'hiver ou Celle qui fut la Belle Heaulmière - Auguste Rodin "

 

"Celle qui fut la belle Heaulmière - 1887 - Bronze -  La première apparition de ce thème se trouve sur un des pilastres de "La Porte de l’Enfer" en 1887, puis comme motif décoratif ; sur la panse d’un vase réalisé par Rodin et Jules Desbois en 1888-1889, pour la manufacture de Sèvres. L'œuvre est inspirée par un poème de François Villon. L’anecdote veut que La Belle Heaulmière de Rodin ait été conçue en pendant à La Misère de Jules Desbois, pour laquelle une femme très âgée servit également de modèle."

 

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"La misère" - Jules desbois

 

"La Misère, oeuvre exceptionnelle, fait figure de symbole de la fin du XIXe siècle où certains contemporains se sont plu à ne voir que dégénérescence et décadence. Traitée de façon naturaliste, cette représentation saisissante de vieille femme décharnée et vêtue de haillons reprend l'iconographie traditionnelle de la misère.
La datation de cette esquisse n'est pas certaine, peut être dès 1884. Une autre esquisse en terre est conservée au musée Rodin. Le plâtre fit sensation au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts de 1894 (Parçay-les-Pins, Maine-et-Loire, musée Jules Desbois). L'Etat commanda une version en bois de chêne (1896, Nancy, musée des Beaux-Arts).
Cette esquisse doit être appréciée dans sa relation étroite avec deux autres oeuvres du musée d'Orsay : "L'Hiver ou Celle qui fut la belle Heaulmière" d'Auguste Rodin et Clotho de Camille Claudel. Elles sont exposées ensemble, car les trois artistes utilisèrent le même modèle, une vieille Italienne, Marie Caira. Mais on ne sait qui, de Rodin ou de Desbois, la fit poser le premier. La parenté de style est criante entre les trois oeuvres, qui datent du moment où Desbois et Claudel travaillaient tous deux pour Rodin.
Ce motif du vieux modèle féminin, à la beauté déchue, devient une véritable "vanité" à portée universelle. Desbois perpétue ici la tradition des transis et des gisants du Moyen Age et de la Renaissance. La critique du temps y vit un chef-d'oeuvre et consacra l'artiste comme une valeur sûre de la sculpture française."

 

"Marie Caira :

D'origine italienne, elle devint à l'âge de 82 ans, le modèle de Jules Desbois, Auguste Rodin et Camille Claudel, tous trois fascinés par la force expressive de ce corps abîmé par les épreuves de la vie. Jules Desbois, le premier, fit poser la vieille femme vers 1887 (La Misère, musée Rodin), puis Rodin l'engagea à son tour comme modèle pour la réalisation d'une sculpture de Vielle Femme, destinée au pilastre gauche de La Porte de l'Enfer. L'oeuvre prit ensuite son autonomie et fut baptisée Celle qui fut la Belle Heaulmière (1888, musée Rodin). Camille Claudel, enfin, s'inspira du corps usé et flétri de Marie Caira pour créer Clotho (1893, musée Rodin)."

 

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"Clotho" - Camille Claudel

"Clotho Exposée, dans sa version en plâtre, en 1893 à la Société nationale des Beaux-Arts, l'oeuvre s'inspire de la mythologie gréco-romaine. Une souscription organisée pour fêter Puvis de Chavannes en 1895 permet alors de commander à Camille Claudel une version en marbre (aujourd'hui perdue) qui fut achevée en 1897 et présentée en 1899 à la Société nationale des Beaux-Arts. Clotho était la plus jeune des trois Parques qui présidaient à la destinée humaine. Présentée sous les traits d’une très vieille femme, la sculpture s’inscrit dans un dialogue artistique entre Rodin et Camille Claudel autour de la représentation de la vieillesse. L’œuvre constitue également un des points de repère de la préoccupation claudélienne du destin dont on retrouve d’autres traces dans son travail. Emprisonnée dans ses cheveux comme dans des rêts qui pèsent sur sa tête de tout leur poids et semblent la paralyser, Clotho, présentée au salon en même temps que la Valse, en est la presque exacte antinomie."

Source : site internet Musée Rodin

 

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"La Valse" - Camille Claudel

 

 

Camille

La petite drôle de fille
Avec des yeux trop grands
Pour ne pas être bleus,
La petite drôle d´anguille
Avalait en courant
La forêt quand il pleut
Et la terre sur laquelle elle jetait son corps
Comme on s´endort sur l´autre,
Ce lit où la vie se vautre,
Elle jurait que ses mains y défieraient la mort
Paul, mon petit Paul, tu vois
Ces branches que la pluie
Dessine sur le ciel?
Il m´arrive quelquefois
D´imaginer la nuit
Des arbres artificiels
Et je sais très bien qu´un jour
J´animerai la pierre de mon ciseau-caresse,
Oui, le marbre a sa faiblesse
Et je veux lui donner la forme de l´amour.

Camille, la vie, c´est le seul vrai mélo
Ça part d´un grand éclat de pleurs
Ça rit avec des trémolos
Camille, la vie, c´est un superbe enfer
Et Dieu est un curieux sculpteur
Qui tue les statues qu´il préfère

La petite drôle de femme
Au fond de l´atelier
Du grand Monsieur Rodin,
La petite drôle de dame
En habit d´écolier
Ignorait le dédain
Et faisait sourire une âme
Aux lèvres de granit
Au milieu du grand vide
Où le temps sculpte des rides
Aux étangs de champagne
Et au front d´Aphrodite.
Oh, Monsieur Rodin, le feu
Le feu, je veux pouvoir l´enfermer dans la pierre!
Oh, Monsieur Rodin, mes yeux,
Pourquoi me font-ils mal le soir sous mes paupières?
La mort, non, je n´ai pas peur d´elle
Mais j´ai peur que l´amour nous oublie en chemin.
Nous, les amants immortels,
Toi, Auguste Claudel,
Moi, Camille Rodin

Camille, la vie, c´est le seul vrai mélo
Ça part d´un grand éclat de pleurs
Ça rit avec des trémolos
Camille, la vie, c´est un superbe enfer
Et Dieu est un curieux sculpteur
Qui tue les statues qu´il préfère

Serge Regiani

 

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26 avril 2014

Salon du dessin 2014 - Celle qui fut la Belle Heaulmière - Auguste Rodin

 

J'ai choisi de mettre en lumière ce dessin d'Auguste Rodin. Je réalise seulement maintenant à quel point il ressemble étonnamment à celui de Jan Toorop.

Les images confrontées du dessin et de la sculpture me permettent d'illustrer pourquoi je donne ma préférence au dessin par rapport aux autres modes d'expression artistiques : il est sans aucun doute plus proche de l'idée et du coeur. Grâce à la simplicité et à la rapidité des moyens employés. Je pense que c'est la raison pour laquelle il me touche davantage. La sculpture a des qualités esthétiques supplémentaires je ne le nie pas. Elle est à la fois "plus" et "moins" que le dessin. Je ne sais pas pourquoi je suis plus sensible dans un cas que dans l'autre, tout cela est bien mystérieux.

Il me vient l'idée que ce qui différencie les deux c'est la main de l'artiste, que je sens dans l'écriture, tellement expressive. Oui, c'est cela que j'aime.

 

auguste rodin

 

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"Cette œuvre est intitulée Celle qui fut la Belle Heaulmière. L'artiste n'a pas hésité à évoquer les outrages du temps qui marquent le modèle et illustrent éloquemment la vieillesse. La chair de la femme a perdu toute sa fraîcheur, les bras sont comme décharnés et l'attitude du modèle laisse transparaître un sentiment de pudeur, voire de honte. Mais Rodin a conçu cette sculpture avec le souci d'exprimer la beauté, une beauté capable de se dégager d'un corps tel que celui de cette vieille femme car l'artiste considère que tout ce qui est dans la nature est beau. L'original de cette statue, en bronze, fait partie de la composition monumentale de La Porte de l'Enfer qui fut remontée dans le musée Rodin de Paris après la mort de l'artiste."

 

Les regrets de la belle heaulmière

Advis m'est que j'oy regreter
La belle qui fut hëaulmiere,
Soy jeune fille soushaicter
Et parler en telle maniere:
`Ha! viellesse felonne et fiere,
Pourquoi m'as si tost abatue
(…)
"Qu'est devenu ce front poly,
Ces cheveulx blons, sourcilz voultiz,
Grant entroeil, le regart joly,
Dont prenoie les plus soubtilz;
Ce beau nez droit, grant ne petit;
Ces petites joinctes oreilles,
Menton fourchu, cler vis traictiz,
Et ces belles levres vermeilles?
LIII
"Ces gentes espaulles menues;
Ces bras longs et ces mains traictisses;
Petiz tetins, hanches charnues,
Eslevées, propres, faictisses
A tenir amoureuses lisses;
Ces larges rains, ce sadinet
Assis sur grosses fermes cuisses,
Dedens son petit jardinet?
LIV
"Le front ridé, les cheveux gris,
Les sourcilz cheuz, les yeulz estains,
Qui faisoient regars et ris,
Dont mains marchans furent attains;
Nez courbes, de beaulté loingtains;
Oreilles pendans et moussues;
Le vis pally, mort et destains;
Menton froncé, levres peaussues:
LV
"C'est d'umaine beaulté l'yssue!
Les bras cours et les mains contraites,
Les espaulles toutes bossues;
Mamelles, quoy! toutes retraites;
Telles les hanches que les tetes.
Du sadinet, fy! Quant des cuisses,
Cuisses ne sont plus, mais cuissetes,
Grivelées comme saulcisses.
LVI
"Ainsi le bon temps regretons
Entre nous, povres vielles sotes,
Assises bas, à crouppetons,
Tout en ung tas comme pelotes,
A petit feu de chenevotes
Tost allumées, tost estaintes;
Et jadis fusmes si mignotes!
Ainsi emprent à mains et maintes."


François Villon, Le Testament

 

"Villon, "La belle heaulmière"

 

"Dans le texte de Villon, il est donc fait allusion à la beauté perdue de la belle heaulmière. Encore faut-il savoir ce qu’est une heaulmière.

Le terme nous semblera plus familier si on supprime la lettre « l » intermédiaire. Heaumière renvoie alors manifestement à heaume, c’est-à-dire au casque porté par les hommes d’armes du Moyen Age. Ce casque enveloppait la tête et le visage et était muni d’ouvertures pour les yeux.

Dans la Chanson de Roland, le terme est orthographié « helme » et vient de l’ancien francique « helm », qui signifie casque (voir allemand et néerlandais actuels). Le mot a été latinisé en helmus au VII° siècle et on le retrouver sous cette forme dans les Gloses de Reichenau.

Pour rappel, les Gloses de Raichenau sont un glossaire de mots romans interprétant des termes de la Vulgate (traduction latine officielle de la Bible) et qui prouve par ailleurs que le latin n’était plus compris puisqu’il fallait le traduire.

Dès lors, si le heaume est un casque, le heaumier désigne la personne qui fabrique ce casque. La heaumerie, quant à elle, renvoie à l’atelier de fabrication et la heaumière est la femme du heaumier .

Ici, Villon fait allusion à une dame qui, à Paris, avait été célèbre pour sa beauté à une certaine époque. Le thème qu’il développe est finalement assez courant : vanité des biens terrestres et égalité de tous devant la mort. Il faut se remettre dans le contexte du Moyen Age pour en saisir toute la portée : d’une part la vie y est précaire (absence de médecine, mortalité élevée, etc.) et d’autre part la religion prédomine tout le mode de pensée. Elle se présente en effet comme une consolation devant la misère ambiante en proposant une vie éternelle en laquelle tout le monde semble croire. Les gens modestes ou frappés par le sort y trouvent donc une sorte de consolation (voire de vengeance) : la mort abolit les différences sociales et traite tout le monde avec égalité. Il s’agit finalement d’une sorte d’idéologie communiste post-mortem, si on y réfléchit bien, l’aspiration à un régime égalitaire, une sorte de Grand Soir qui se concrétisera dans le paradis promis par le Christ.

Mais revenons au texte de Villon. Celui-ci-, habillement, feint de faire parler la belle heaumière, afin de rendre son texte plus vivant et dès lors plus poignant. Elle se révolte contre la vieillesse félonne et regrette de n’avoir pas joui davantage de sa jeunesse. Puis elle passe en revue son corps décrépi et le compare avec son aspect antérieur (« Qu'est devenu ce front poly ces cheveulx blons, sourcilz voultiz »),non sans à l’occasion risquer une pointe érotique (« ces belles levres vermeilles », les seins menus, les hanches bien développées faites pour « tenir amoureuses lisses », le sadinet (ce qui est gracieux, doux, agréable) dans son jardinet au haut des cuisses (qu’en termes galants ces choses-là sont dites…).

Le contraste est saisissant entre la situation d’antan et ce que la belle est devenue. Son front est ridé, le regard rieur qui attirait les marchands est éteint, le visage est pâle, etc. Villon ne se contente donc pas d’une réflexion théorique sur la fuite du temps, mais entre dans des descriptions physiques qui sont plus parlantes qu’un long discours. En agissant de la sorte et en faisant tenir tous les propos par la dame qui a perdu ses attraits, il renforce le côté dramatique de la scène.

De plus, la belle heaumière passe subitement à la première personne du pluriel. Elle ne se plaint donc pas seule mais s’exprime au nom de toutes les femmes, ce qui renforce la teneur de ses propos. La description physique ne concernait que son seul corps (ce corps merveilleux qui avait fait sa réputation), mais la conclusion se veut générale. Il n’y a pas qu’elle qui est touchée par la fuite du temps, mais c’est toute l’humanité qui est concernée.

Les vieilles parlent entre elles de leur passé (« Ainsi le bon temps regretons Entre nous, povres vielles sotes »). Elles ne semblent pas avoir d’autres interlocutrices qu’elles-mêmes, ce qui renforce leur solitude. Ce n’est pas à la jeunesse qu’elle font la morale. Isolées, rejetées peut-être, c’est avec d’autres vieilles qu’elles parlent de leur malheur, constituant ainsi un microcosme de personnes séniles. Cette mise à l’écart sociale renforce une nouvelle fois leur décrépitude.

Villon est donc passé de la description d’un corps jeune et beau à celui d’une ancêtre (sous la forme du monologue de la belle heaumière), puis il a étendu le procédé en imaginant ce dialogue entre les vieilles.

Tout est alors mis en œuvre pour renforcer leur décrépitude et leur malheur. Ainsi elles ne sont pas assises mais sont « à crouppetons » devant le feu. Peut-être faut-il y voir un signe de leur pauvreté matérielle (elles n’ont même plus de chaises) mais peut-être aussi est-ce pour elles une manière de mieux se réchauffer (la mort approchant, leurs membres sont déjà froids). Ce qui est sûr, c’est que leur position a quelque chose de misérable qui tranche avec leur beauté altière d’autrefois. Ramassées en tas, on se demande si elles ont encore forme humaine.

Notons qu’elles ne se réchauffent pas auprès d’un bon feu, mais d’un petit feu de chènevotte (partie ligneuse du chanvre. L’idée est celle de la minceur du matériaux : ce combustible s’enflamme vite mais ne dure pas longtemps).C’est peut-être pour cela qu’il leur faut s’accroupir : pour mieux jouir de cette flamme éphémère. L’idée renvoie à la beauté du corps, tout aussi éphémère que cette flamme. Les vieilles, rassemblées autour de ce feu aussi vite allumé qu’éteint, parlent de leur jeunesse trop tôt évanouie. Nous avons donc un phénomène de mise en abyme, le décor présent étant une métaphore du thème développé.

Par ailleurs, les rimes en « otes » rapprochent « pelotes » et « chenevotes », ce qui renforce encore le côté dramatique de la scène : on insiste d’un côté sur l’aspect éphémère de le jeunesse, tandis que la vieillesse semble s’éterniser dans ce « tas » de vieilles amassées comme pelote, vieilles qui par ailleurs ne parviennent même plus à se réchauffer à ce feu qui ne dure qu’un instant (pas plus qu’elles ne parviennent à se consoler avec leurs souvenirs).

Puis vient ce vers « Et jadis fusmes si mignotes! » qui rappelle d’une manière bouleversante ce qu’elles furent avant d’être devenues ce qu’elles sont. Faut-il y voire une sorte de résignation ? Peut-être. En tout cas le dernier vers «Ainsi emprent à mains et maintes » propose une sorte de consolation. Cette situation qu’elles connaissent concerne en fait tout le monde. Piètre consolation, on en conviendra, mais qui renvoie à une définition du destin commun.

Poème profond et tragique que ce texte de Villon, qui décrit en quelques strophes l’histoire d’un parcours individuel. Dans la poème suivant (« Ballade de la belle Heaumière aux filles de joie), il propose une sorte d’épicurisme : profitez de la vie et des plaisirs du corps pendant qu’il est encore temps car la vieillesse n’est que «monnoie qu'on décrie » ."

Source : Marche Romane

26 avril 2014

Les dessins de maîtres - recherches

 

Je continue mes recherches sur les artistes classiques dont les dessins étaient présentés au salon, et c'est comme si je me trouvais dans un grenier avec plusieurs malles remplies de trésors. Je déballe tout et je ne sais plus où donner de la tête.

Je vous donne l'adresse de deux malles trouvées ce matin, ce sont les sites de ventes de Christie's et de Sotheby's. Une recherche associant ces mots aux termes "old master drawings" amène aux pages des ventes et aux images des dessins. Il est possible de cliquer sur les vignettes pour avoir une vue très rapprochée (par portions) des oeuvres.

Un régal :-)

25 avril 2014

Salon du dessin 2014 - Gunnar Norrman

 

"Gunnar Norrman (1912-2005), d'origine suédoise, a reçu une formation de botaniste et de pianiste de concert avant de décider de se consacrer principalement à l'art. Autodidacte, il a centré son art pendant cinquante ans exclusivement sur des dessins et gravures en noir et blanc. Ses sujets - des arbres, des fleurs, des paysages de terre et de mer, plus rarement des natures mortes - sont remplis d'une silence poétique évoquant la tradition orientale de révérence et d'humilité devant la nature, un thème fort dans la vie de Norrman. Tout en restituant le moindre détail fragile, il était aussi capable de produire 'des concentrations de noir somptueux' (John Russell, le New York Times, mai 1988), ou de créer l'effet d'une brume fraiche argentée. En tant que musicien accompli il combinait dans son travail la même délicatesse et force nécessaires pour une interprétation de Brahms, Chopin ou Schumann, parmi les compositeurs qu'il admirait le plus."

J'ai découvert les paysages de Gunnar Norrman au salon du dessin, et je les ai retrouvés et reconnus au salon de l'estampe. Ils m'ont arrêtée et retenue longtemps. L'économie de moyens est totale, on peut difficilement faire moins que ces ombres légères. Mais pour que l'évocation du paysage soit aussi fascinante, il faut une exactitude totale dans leur placement et une délicatesse dans les dégradés de gris tellement poussée que ses variations deviennent invisibles à l'oeil (les images qui suivent ne donnent qu'une idée des dessins). On devine donc que la maîtrise des formes et de la perspective aérienne est totale, et d'autant plus admirable qu'elle est discrète.

Le néophite peut s'imaginer être capable de reproduire un tel dessin. C'est évidemment un leurre. Là où naît tout un paysage, sa lumière et la sensation d'en avoir le coeur gonflé sous le crayon de Gunnar Norrman, on imagine aisément ce qui sortirait de la main du copieur. Une absence d'âme.

La technique employée est poussée à toute la perfection de sa simplicité. Tout le superflu a été ôté, il ne reste plus que l'essence du paysage, fruit de son intériorisation par le dessinateur. C'est ce sentiment intérieur qui laisse sa trâce subtile sur le papier et qui nous touche.

(Note pour Jon : c'est ce dessinateur que j'avais en tête en te parlant de paysage minimaliste)

 

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24 avril 2014

Salon du dessin 2014 - Jan Toorop

 

Je commence par un dessin intitulé " Etude d'homme torse nu" par Jan Toorop, un artiste que je ne connaissais pas.

 

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C'est difficile de définir ce qui nous attire dans un dessin, cela se joue à une fraction de seconde. Le sujet d'abord, choisir cette posture et cet homme en particulier, ça révèle quelque chose à propos du dessinateur. Et on l'aura compris, c'est l'humain qui se cache derrière l'artiste qui bien souvent est source d'intérêt pour moi.

C'est un dessin chargé d'émotion. Le dos vouté, maigre et qu'on devine agé, et les mains, pendantes, tournées vers l'arrière. La nuque courbée.

Ensuite il y a le trait. Je suis toujours curieuse du "comment c'est fait", alors je regarde de plus près. L'écriture raconte elle aussi beaucoup de choses sur le dessinateur. Ici elle est affirmée, énergique, sûre d'elle, mais également appliquée, elle va à l'essentiel et elle n'hésite pas à le souligner. C'est un artiste de caractère et en même temps il possède la sensibilité qui l'a conduit à observer et représenter ce modèle.

Il y a du sens. Au delà du dessin de cet homme là, il y a le dessin du ressenti physique et moral de cet homme. C'est le dessin d'un état d'âme et d'un état du corps.

 

 

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"Jan Toorop, peintre, affichiste et dessinateur néerlandais né à Java en 1858 – Décédé en 1928. Johannes Theodorus Toorop, dit Jan Toorop, rejoint les Pays-Bas en 1872. Il est, a étudié à Delft et Amsterdam ce qui lui a permis de développer un style basé sur un mélange de motifs javanais avec le symbolisme et des personnages élancés et curvilignes qui préfigurent l'Art Nouveau.Il part ensuite Bruxelles où il expose à partir de 1885 au sein du groupe des XX des toiles d’inspiration impressionniste.Toorop est surtout célèbre pour les œuvres symbolistes qu’il a produites après son retour aux Pays-Bas, aux alentours de 1890.Cette période est marquée par la création d’affiches et d’illustrations d’ouvrages caractérisées par l’emploi d’arabesques élégantes qui rappellent Beardsley et situent sa production au cœur des développements de l’art nouveau. Il s’oriente alors vers un univers profondément mystique et illustre des scènes religieuses dans un style voisin du cubisme."

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Sur le site consacré à l'artiste figurent les oeuvres de plusieurs époques dans des styles et des sujets assez différents. J'ai fait ma sélection et je vais essayer de comprendre la raison de mes choix.

 

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De la période impressionniste, je ne retiens pas grand chose, hormis ce tableau, pour l'exemple et pour sa lumière.

 

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Même chose pour la période pointilliste, même raison, même critère, juste pour donner un exemple de cette époque de l'artiste.

 

Ce que j'ai trouvé de plus frappant chez Jan Toorop ce sont ses portraits et les oeuvres de sa période symboliste religieuse.

- pour les regards
- la qualité du tracé
- le modelé
- les compositions
- la simplification des formes, leur douceur
- l'affirmation des contours
- l'accent mis sur l'essentiel. Et rien que l'essentiel
- l'univers, l'imaginaire
- la sensibilité
- la spiritualité
- l'aspect graphique

Voici quelques beaux dessins de Jan Toorop.

 

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23 avril 2014

Le Confiteor de l'Artiste - Charles Baudelaire

 

"Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.
Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
Toutefois, ces pensées, qu’elles sortent de moi ou s’élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L’énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.
Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m’exaspère. L’insensibilité de la mer, l’immuabilité du spectacle me révoltent… Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu."

     Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris

23 avril 2014

Salon du dessin 2014 - Palais Brongniart

 

Je commence maintenant à exploiter les notes que j'ai prises au salon du dessin 2014. Alors qu'au salon Drawing Now j'avais noté 57 noms sur mon carnet, au salon du dessin c'est 84 dessins qui ont retenu mon attention, par leur technique ou par leur sujet.

Mais je ne pense pas écrire 84 articles. Il est difficile de trouver les photos des oeuvres. Je pense donc me concentrer sur quelques artistes ou dessins, l'avenir en dira le nombre.

Je n'ai par exemple pas retrouvé sur le net le dessin qui m'a le plus fascinée, une oeuvre de Théodule Augustin Ribot à l'encre de chine et lavis d'encre, intitulée d'après mes notes "Femme voilée de noir". J'aurais aimé la regarder longtemps pour comprendre pourquoi je suis restée en arrêt devant. Je me souviens de la blancheur du visage qui se détachait, mais comment était le regard ?

J'ai arpenté plusieurs fois toutes les allées du salon. On n'a pas tous les jours l'occasion de voir autant de dessins d'une aussi grande qualité, il faut donc les savourer. Un mal de dos d'envergure m'a aussi fait tester tous les sièges de l'exposition. Heureusement compte tenu de la qualité des visiteurs (passablement agés et argentés), ils sont profonds, nombreux et confortables (les sièges). Mon souvenir du salon est donc un mélange contradictoire de plaisir et de douleur.

Je vais essayer de me rattraper en écrivant les articles qui vont suivre et en trouvant de nouvelles belles images de dessins sur le net.

A bientôt pour la suite :-)

 

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(salon 2013)

 

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(il y a un peu plus longtemps, quand le palais Brongniart abritait la Bourse)

 

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A noter : la 24e édition du Salon du dessin aura lieu au Palais Brongniart du 25 au 30 mars 2015 !

20 avril 2014

Drawing now 2014 - le sommaire

19 avril 2014

Les salons du dessin

 

J'ai visité dernièrement les trois salons suivants :

- salon du dessin - (Palais Brongniard)
- salon du dessin contemporain (Drawing Now) - (Carreau du Temple)
- salon de l'estampe et du dessin - (Grand Palais)

 

Et pour l'instant je n'ai parlé que du deuxième. C'est celui qui m'impressionne le moins par les techniques et c'est pourtant celui dont j'ai envie de parler le plus et c'est celui qui m'amène à me passionner dans des recherches sur les artistes. C'est assez paradoxal. Je me suis demandé pourquoi.

Ce qui m'intéresse dans le dessin contemporain, c'est l'explosion d'inventivité sur le plan des :

- sujets
- techniques d'expressions

J'ai déjà parlé du format et de son rôle et du changement de statut du dessin contemporain, qui devient oeuvre à part entière. C'est aussi cela que je trouve intéressant. Car pour moi le dessin est à la source, comme je l'ai dit précédemment.

 

Toute cette créativité est mise au service d'un approfondissement du contenu intellectuel des oeuvres. Là où les anciens dessinaient des paysages, des personnages, des milieux, des émotions, les artistes modernes se sentent libres de dessiner des concepts, parfois très complexes.

Cette intellectualisation de l'Art contemporain fait sa qualité et elle est la source de ses travers, qui le rendent parfois hermétique, snob, fermé et creux.

Mais quand l'Idée est là et qu'elle sait associer tous les instruments adéquats pour la rendre visible, tout le vocabulaire de l'Artiste, le pari est réussi. Appeler et retenir l'attention, communiquer l'idée, partager l'émotion, provoquer le développement d'autres idées.

Il est certain que la perfection technique que j'ai admirée dans les autres salons et qui provoque une émotion esthétique n'est majoritairement pas présente. Par contre la diversité des sujets, leur profondeur, et la créativité mise en oeuvre provoquent chez moi une stimulation intellectuelle que finalement je recherche tout autant sinon plus.

Il y a bien au salon du dessin contemporain une émotion d'ordre esthétique mais elle est différente. Je la trouve surprenante. Quand je regarde un dessin à base de gribouillages dont les multiples traits évoquent des petites racines et dont l'amalgame représente à merveille de la terre, tout en produisant un effet lumineux par les vides laissés... c'est bien une émotion esthétique, mais complètement différente de celle que je ressens en regardant la perfection d'un portrait aux trois crayons.

Elle utilise un langage différent, chaque artiste étant libre de créer le sien. Bien sûr chacun n'a pas le talent de créer à chaque fois un nouveau langage, mais cet encouragement produit l'émergence de choses nouvelles et inventives, une sorte de bouillonnement qui part dans tous les sens, quelque chose de stimulant et d'extrêmement intéressant.

 

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