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Vale Decem -  Au jour le jour
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10 juillet 2013

Le torrent et l'océan

Vincent, océan aux noiceurs abyssales
profondeur riche d'un Amour insondable,
A la surface tantôt étincellante de mille feux, au soleil,
tantôt agitée de tempêtes effroyables et violentes.
Pablo, taureau, torrent,
flot bouillonnant sans cesse bondissant
d'un rocher à l'autre, au fil de sa pensée,
sorcier, essayant d'exorciser l'Effrayant.

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21 décembre 2013

Pourquoi s'intéresser à Gao Xingjian ?

Qu'est-ce qui m'intéresse dans l'oeuvre de Gao Xiangjian ? Je ne suis pas adepte du roman moderne, ça aurait même tendance à m'agacer, comme m'agacent les tendances nombrilistes de nombreux romanciers.

Mais l'introspection de Gao Xingjian n'est pas nombriliste. Et ce n'est pas l'oeuvre de Gao Xingjian qui m'intéresse, c'est Gao Xingjian lui-même, comme m'intéressent Picasso et Van Gogh. Pourquoi ? Pour leur intelligence, leur lucidité et leur sensibilité hors normes et le fait qu'ils sont tous les trois artistes.

A ce titre leurs réflexions, leurs ressentis, leurs interrogations et leurs conclusions m'intéressent. Leurs visions du monde intérieur et extérieur, leur opinion sur la création. Je vois ce qu'il y a derrière les oeuvres, je vois les hommes, tous les trois si différents mais avec un lien de parenté. Parenté dans l'indépendance d'esprit, la liberté, la solitude.

19 décembre 2013

La montagne de l'âme - Chapitre 2 - Gao Xingjian

 

Chapitre 2 - (je) - Retour à la vraie vie - Impuissance de la littérature à partager l'expérience individuelle

"Assis devant le feu, il boit de l'alcool mais, avant d'y goûter, il trempe un doigt dans son bol et l'agite au-dessus des braises qui se mettent à siffler en crachant une fumée bleue. A cet instant, je réalise que j'existe vraiment."

"Les flammes lèchent la marmite où mijote de la viande de mouton, faisant étinceler ses yeux : voilà une scène vraie."

"Quand toi, tu es à la recherche du chemin qui mène à Lingshan, moi, en me promenant le long du Yangzi, je recherche la vérité. Je viens de connaître un évènement grave.  .... La mort m'a fait une plaisanterie et je suis finalement parvenu à franchir l'obstacle qu'elle m'a tendu. En moi même, je me réjouis. La vie m'a redonné une immense fraïcheur. J'aurais dû depuis longtemps quitter mon environnement pollué et retourner dans la nature à la recherche d'une vie authentique.

Dans mon entourage, on m'enseignait que la vie était la source de la littérature et que la littérature devait être fidèle à la vie, fidèle à sa vérité. Et ma faute, c'était justement de m'être écarté de la vie. .... Le résultat est que je n'ai fait que m'engager sur une fausse route en déformant la réalité."

"Je ne sais si, à présent, je marche vraiment sur la bonne voie ; en tout cas je veux quitter le monde littéraire en pleine effervescence et m'enfuir de ma chambre toujours remplie de fumée de tabac. Les livres qui s'y entassent m'oppressent, au point de m'empêcher de respirer. Ils exposent toutes sortes de vérités, depuis la vérité historique jusqu'à la vérité du comportement humain, et je ne sais plus quelle utilité elles ont. Pourtant, elles m'entravent et je me débats dans leurs filets, vivant comme un insecte pris au piège d'une toile d'araignée."

.... (Le personnage raconte qu'il s'est cru condanné et que finalement il ne l'était pas. Ensuite il est question de l'histoire d'un chasseur qui est devenue une légende locale).

"Ce chasseur avait déjà été déifié. L'histoire et les rumeurs s'en mêlaient, une légende populaire était née. La vérité n'existe que dans l'expérience et encore seulement dans l'expérience de chacun, et même dans ce cas, dès qu'elle est rapportée, elle devient histoire. Il est impossible de démontrer la vérité des faits et il ne faut pas le faire. Laissons les habiles dialecticiens débattre sur la vérité de la vie. Ce qui est important, c'est la vie elle-même. Ce qui est réel, c'est que je suis assis à côté de ce feu, dans cette pièce noircie par la fumée de l'huile, que je vois ces flammes dansant dans ses yeux, ce qui est vrai, c'est moi-même, c'est la sensation fugitive que je viens d'éprouver, impossible à transmettre à autrui. Dehors, le brouillard est tombé, les montagnes sombres se sont estompées, le son de la rivière rapide résonne en toi et ça suffit."

 

Je trouve ce chapitre très beau. Le "Je" de "l'instant présent" (pleine conscience), qui seul compte et qui est intransmissible. J'aime aussi le retour au "tu" de la dernière phrase, le dialogue intérieur apaisant après la réflexion sur l'impossibilité de rendre la vérité dans le littérature. C'est ce que j'aime chez Gao Xingjian. Le spectacle qu'il nous montre d'un homme en proie à ses réflexions. Le voyage intérieur m'intéresse plus que le récit du voyage réel.

"Quand toi, tu es à la recherche du chemin qui mène à Lingshan, moi, en me promenant le long du Yangzi, je recherche la vérité."

18 décembre 2013

La montagne de l'âme - Chapitre 1- Gao Xingjian

Chapitre 1 - (tu) - Retour vers le pays natal, à la recherche des souvenirs perdus. En quête de réconfort et pour y chercher quoi ?

"Tu es monté dans un autobus long courrier .... toi même, tu ne sais pas clairement pourquoi tu es venu ici. C'est par hasard dans le train que tu as entendu quelqu'un parler d'un lieu nommé Lingshan, la Montagne de l'Ame .... Au bout du pont se trouvent deux rangées de gargotes .... dans celle de droite, tu manges deux galettes au sésame et à l'oignon sortant de la poêle, chaudes et odorantes ; enfin, tu manges encore - où ? tu ne t'en souviens plus - des boulettes de riz à peine plus grosses que des perles, sucrées à souhait .... tu as vécu longtemps en ville et tu as besoin d'entretenir en toi une grande nostalgie du pays natal, tu voudrais qu'il te procure un peu de réconfort, pour que tu puisses retourner à l'époque de ton enfance et retrouver tes souvenirs perdus .... aujourd'hui, tu ne sais pas quelle impulsion t'animera demain, toi qui as bien appris tout ce qu'il te faut apprendre, que vas-tu encore rechercher ?"

"...." indique que les extraits ne sont pas contigus dans le livre

 

L'emploi du pronom "tu" est vraiment intéressant. Dans ce chapitre il permet de se projeter dans le souvenir ("où ? tu ne t'en souviens plus"). Ce n'est pas le récit d'une action en train de se passer, c'est le récit d'un flux de pensées mêlant souvenir récent et réflexion présente.

Le "tu" projete l'action sur le lecteur comme si c'était lui qui la vivait, et le narrateur se met à distance de lui-même. Il observe ses pensées, ses souvenirs, et il s'interroge.

Le lecteur est donc devant un sentiment paradoxal, celui de se sentir plus proche du personnage auquel il est identifié par le "tu", et celui de s'en sentir éloigné par la distance que prend le personnage par rapport à lui-même. On est en quelque sorte tiraillé entre ces différents niveaux selon que l'on prend le "tu" pour soi-même ou selon qu'on le prend pour le "je" du personnage, ou selon qu'on le prend pour le "tu" projeté du personnage.

En définitive on se trouve devant quelque chose d'extérieur à soi et en même temps d'intérieur, d'universel et en même temps de particulier, c'est très spécial.

17 décembre 2013

"L'art du roman" (2) - Gao Xingjian - Choix d'un mode narratif : emploi des pronoms "je", "tu" et "il" pour un même personnage

 

 

Comment atteindre l'objectif ? :

Adopter un mode narratif novateur en alternant l'usage des pronoms "je", "tu" et "il" pour désigner un même personnage.

 

Rappel :

"Il existe dans toutes les langues du monde, sans exception, trois pronoms fondamentaux, à savoir, "je", "tu" et "il". En d'autres termes, le narrateur se désigne impérativement par l'un de ces trois pronoms ... le roman est obligé de choisir entre "je", "tu" et "il", quitte à adopter le point de vue spécifique d'un personnage."

 

Gao Xingjian fait le choix d'utiliser alternativement les trois pronoms.

  • JE :

"La narration à la première personne "je" constitue un mode narratif courant. Un roman n'étant pas une autobiographie ... ce "je" du roman n'émane pas d'un auteur transposé, mais d'un personnage de fiction."

  • TU :
  1. "désigne à la fois le protagoniste et le(s) lecteurs. C'est un pouvoir merveilleux, que recèle ce pronom, de permettre aux lecteurs, au cours de leur lecture, de se mettre à la place des personnages, d'épouser leur angle perceptif et de s'identifier à eux."
  2. "La deuxième personne peut aussi renvoyer à la projection du narrateur, autrement dit à un interlocuteur engendré par l'extériorisation d'un narrateur versé dans son monologue intérieur."
  • IL :

"En décidant d'appeler "je" son narrateur, un roman a la liberté de transposer ensuite ce pronom en "il", sans cesser de désigner le même personnage, car ce "il" devient en l'occurence l'objet de l'observation ou la projection du "je". Dès lors, le "je" et le "il" renvoient au même personnage."

 

"Le narrateur peut donner un récit à instances narratives variables en faisant intervenir le "je", le "tu" et le "il" ... ces variations narratives favorisent l'expression de différences psychologiques. Car la conscience humaine s'actualise à travers le langage, sans lequel la connaissance de soi est inconcevable. C'est donc grâce aux trois pronoms, c'est à dire aux trois foyers focaux, que le moi trouve les moyens de s'affirmer."

"L'adoption d'un "je", sa projection dialogique en "tu", ainsi que sa forme extériorisée et altérisée en "il", confèrent au discours romanesque la possibilité de désigner un même personnage par trois pronoms différents, favorisant une nouvelle connaissance du moi que l'on peut appréhender sous tous ses angles."

"Ce qui me paraît intéressant, c'est que ce triple niveau cognitif ne fait défaut à aucune langue de l'humanité.Cela montre que les trois pronoms transcendent les différences ethniques et linguistiques pour refléter la structure profonde de la conscience humaine."

"L'alternance de ces pronoms permet d'introduire les mouvements de pensée des personnages, en entrecroisant réflexions, méditations, souvenirs, rêves, fantasmes. Enfin, différents styles se succèdent, à la faveur d'un dispositif flexible où le récit se mêle à l'essai et à la poésie".

 

"La montagne de l'âme" s'inscrit dans cette démarche expérimentale."

 

  • ELLE :

"L'unique pronom "elle" se charge de désigner invariablement divers personnages féminins, ce qui a pour visée de fournir une image complexe des femmes."

Gao Xingjian - "L'art du roman" dans "De la création" - Paris 30/08/2007

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16 décembre 2013

"L'art du roman" (1) - Gao Xingjian - Se mettre en quête d'un discours narratif approprié

 

 

Je commence cette série d'articles par "L'art du roman", où Gao Xingjian expose sa réflexion sur l'écriture, parce que ce texte éclaire ses intentions dans "La montagne de l'âme".  Tout texte en italique dans ce qui suit est une citation. L'ordre des extraits, leur présentation en caractères gras, les titres et autres textes sont de mon fait. Quatre points indiquent que les extraits ne sont pas contigus dans le texte original.

Je prends la liberté de citer de larges extraits, mais dans le respect des droits de l'auteur, sachant que ce blog n'est pas ouvert aux moteurs de recherche et reste au vu de sa fréquentation très restreinte, un blog à usage privé. Je renvoie mes lecteurs au texte original complet, cette présentation étant le fruit d'une lecture et d'une compréhension personnelles.

 

Pour Gao Xingjian,

Quel est l'objectif à atteindre ? :

Avoir en tant qu'écrivain une démarche personnelle et originale, rénover mais ne pas détruire. Se mettre en quête d'un discours narratif approprié à la description des pensées du personnage.

 

"L'art du roman réside dans la quête d'un discours narratif approprié, qui relègue au second plan l'intrigue et les personnages au sens conventionnel ... Si la présence d'un personnage reste une nécessité, en revanche l'enjeu pour la création romanesque consiste dorénavant à déterminer comment on le met en récit."

 

Rappel historique :

  • Roman traditionnel :

"On considère en général l'intrigue et les personnages comme les éléments constitutifs d'un roman, et ils sont particulièrement indispensables aux romans traditionnels.

L'auteur s'incarne dans un narrateur omniscient. Tel un conteur, mais caché derrière le rideau, il relate avec assurance et de façon imperturbable le monde extérieur comme le for intérieur des personnages, dont rien ne lui échappe."

  • Roman moderne :

"Focalisés d'abord sur l'intrigue, les romans ont évolué, en plaçant progressivement la construction des personnages au centre de leurs préoccupations.

Dans les romans modernes, d'importants changements sont intervenus sur le plan du discours narratif .... Les romanciers modernes du 20ème siècle soulèvent pour la première fois la question de savoir qui parle et de façon corollaire, qui voit .... Les romanciers renoncent à l'omniscience du narrateur. Celui-ci s'identifie dès lors à un personnage de l'histoire, dont le regard engendre le récit .... L'auteur se fait de plus en plus discret, se gardant d'émettre tout jugement ou commentaire à la légère .... Il s'évertue à s'imprégner des sentiments d'un personnage et à épouser un angle narratif subjectif qui est le point de vue de ce personnage."

  • Roman postmoderne :

"L'émergence du Nouveau Roman français dans les années 50 a engendré des émules qui viennent à faire du roman une démonstration intellectuelle, en subvertissant l'histoire et les personnages, voire en préconisant la déconstruction des concepts de narrateur et de discours narratif. La création romanesque une fois confondue avec le jeu de l'esprit, le roman n'a pas tardé à tourner en texte conceptuel ... les tentatives répétées de subversion ont pour conséquence non pas nécessairement la rénovation, mais plutôt, au contraire, le risque de régression, voire de destruction de l'art et de la littérature. Dès lors que le roman est assimilé à un jeu intellectuel, il ouvre la porte à une écriture aléatoire, qui perd de sa valeur en termes de connaissance sociale et humaine."

 

Conclusion :

"Toute rénovation, en ce qui concerne l'art romanesque, doit respecter un garde-fou, à savoir le discours narratif .... Qu'il s'agisse d'un narrateur omniscient traditionnel ou d'un personnage-narrateur à focalisation, le statut du discours demeure une question primordiale puisqu'on doit résoudre le problème de savoir qui parle."

Dans le prochain article on verra comment Gao Xingjian choisit de répondre à cette question.

 Gao Xingjian - "L'art du roman" - Paris 30/08/2007

20 décembre 2013

La montagne de l'âme - Chapitre 3 - Souvenirs - Gao Xingjian

 

 Chapitre 3 : (tu) - Images du présent et du passé

"Et te voilà arrivé au bourg de Wuyi, dans cette longue ruelle dallée de pierres profondément marquées par les roues des brouettes, d'un coup tu reviens à ton enfance, à ce petit village de montagne où tu as passé presque toute ta jeunesse. (....)

Tu respires les odeurs mêlées de légumes salés, de tripes de porc, de cuir frais, de térébenthine, de paille de riz, de chaux. Ton regard se porte de chaque côté de la rue, sur les boutiques de fruits séchés, de soja, d'huile, de riz, sur la pharmacie qui vend médicaments chinois et occidentaux, sur le magasin de tissus et de soieries, sur l'étal de chaussures, le marchand de thé, l'étal du boucher, le tailleur, le fourneau pour faire bouillir de l'eau, les poteries et les cordes, les bazars d'encens et de monnaie funéraire de papier. (....)

"Tu tournes la tête et pénètres dans une ruelle qui s'ouvre à coté du marchand de thé. Tu te perds à nouveau dans tes souvenirs.

Derrière une entrée à moitié cachée, une petite cour humide. Un petit jardin en friche, désert. Dans un coin, un tas de gravats. Tu te souviens de cette cour située près de chez toi et dont le mur d'enceinte s'était écroulé. Elle t'effrayait et t'attirait à la fois. Tu pensais que les renardes dont on parle dans les contes venaient de là. Après la classe, tu ne pouvais te retenir de t'y rendre seul, noué par l'angoisse. Tu n'y as jamais vu de renardes, mais ce sentiment de mystère a toujours accompagné tes souvenirs d'enfance. Là-bas se trouvait un banc en pierre cassé et un puits sans doute asséché. En plein automne, le vent soufflait sur le toit où poussaient des herbes jaune d'or et le soleil brillait de tout son éclat. Ces demeures dont la porte reste close ont leur histoire. (....)

Sur le toit, les herbes sèches ou vivantes, blanches ou vertes, se balancent doucement au vent. Cela fait combien d'années que tu n'as pas revu ces herbes sur les toits ? Pieds nus, tu fais claquer tes pas sur les dalles de pierre profondément marquées par les traces des roues des brouettes et tu émerges de ton enfance, tu émerges dans le présent. La plante de tes pieds nus et sales claque devant toi. Que tu aies vraiment claqué des pieds sur le sol n'est pas important. Ce dont tu as besoin, c'est de cette image intérieure."

 

Ce qui me touche dans cette façon d'employer la deuxième personne et se parler à soi-même c'est le regard porté par le personnage sur lui-même. La distance, le recul et la compréhension.

Je trouve vraiment intéressante l'usage de temps différents pour évoquer le passé :

- selon que le personnage s'en souvient (imparfait) : "tu ne pouvais te retenir de t'y rendre seul, noué par l'angoisse"

- ou s'y replonge et revit des sensations (présent) : "Pieds nus, tu fais claquer tes pas sur les dalles de pierre"

- que ces sensations aient existées réellement ou pas : "que tu aies vraiment claqué des pieds sur le sol n'est pas important. Ce dont tu as besoin, c'est de cette image intérieure." 

 

Le personnage est totalement présent aujourd'hui (indicatif présent), puis il regarde le passé (indicatif présent) depuis le présent (imparfait), puis il se plonge complètement dans le passé (indicatif présent), revis une scène ou l'imagine. Et puis on revient au présent, le personnage se regarde émerger du passé, se rassure sur le fait que le souvenir aie réellement eu lieu ou pas n'est pas très important, que cela répond à un besoin.

Ce qui m'intéresse et me touche c'est le souci d'exactitude et de vérité de Gao Xingjian. Ce détachement et cette curiosité devant l'enchaînement des pensées.

23 avril 2014

Le Confiteor de l'Artiste - Charles Baudelaire

 

"Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.
Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
Toutefois, ces pensées, qu’elles sortent de moi ou s’élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L’énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.
Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m’exaspère. L’insensibilité de la mer, l’immuabilité du spectacle me révoltent… Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu."

     Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris

21 novembre 2013

La lettre qui allait changer le destin d'harold Fry

Il passa le kilomètre suivant à se demander s'il n'aurait pas dû accepter de l'aide. Plus il passerait de temps à marcher et moins il serait vraisemblable que Queenie reste en vie. Et pourtant, il était certain qu'elle l'attendait. S'il n'exécutait pas sa part du marché, même déraisonnable, il craignait de ne plus la revoir.

... Pourtant, quelque chose d'autre arriva, et ce fut l'un de ces instants dont on se rend compte au moment où ils se produisent qu'il va être important. Dans le courant de l'après-midi, la pluie cessa si brutalement qu'on aurait pu croire qu'il n'avait pas plu. À l'est, les nuages se déchirèrent et une ceinture de lumière d'argent apparut, très bas dans le ciel. Harold regarda la masse grise se scinder encore et encore, révélant de nouvelles couleurs : bleu, brun ambré, pêche, vert, pourpre. puis un rose atténué se diffusa dans le nuage, comme si les couleurs brillantes s'étaient mêlées et diluées avant de déteindre. Harold n'osait pas bouger. Il tenait à observer le moindre changement. Sur la campagne, la lumière était d'or ; sa peau même en était réchauffée. À ses pieds, la terre craquait et murmurait. Une odeur verte et pleine de promesses emplissait l'atmosphère. Une petite brume s'éleva, pareille à des volutes de fumée.

Harold était si fatigué qu'il avait peine à soulever ses pieds et, pourtant, il était empli d'un espoir d'une telle intensité qu'il en avait le vertige. Il savait que s'il continuait à regarder au delà de sa simple personne, il réussirait à atteindre Berwick.

Rachel Joyce - la lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry

3 octobre 2013

L'Art français de la guerre - extrait

"... j'aimais les célibataires de mon âge qui vivaient seules dans de petits appartements, et qui, quand je venais, allumaient des bougies et se lovaient sur leur canapé en entourant leurs genoux de leurs bras. Elles attendaient de sortir de là, elles attendaient que je dénoue leurs bras, que leurs bras puissent étreindre autre chose que leurs genoux, mais vivre avec elles aurait détruit cette magie tremblante de la flamme qui éclaire les femmes seules, cette magie des bras refermés qui enfin s'ouvraient pour moi ..."

 

La sculpture que j'ai en cours est inspirée de ce passage. Cela fait deux séances que j'y travaille et elle sort petit à petit de l'argile.

22 mai 2013

Photographies en noir et blanc

Hengki Koentjoro.

Un de ces artistes qui fait battre mon coeur plus fort. La Nature, les fonds sous-marins en noir et blanc. Voir toutes ces photos côte à côte, ces paysages de brûme, sans leurs couleurs, ça donne tout d'abord quelque chose d'inquiétant, mais aussi d'une pureté et d'une force incroyable. C'est une autre beauté, celle des formes et de la lumière.

Et puis on ressent une grande émotion. Il enlève la couleur, mais bizarrement, ça n'enlève rien. Dans notre tête le souvenir des couleurs vient s'ajouter à la vision en noir et blanc. On voit que même sans la couleur c'est tellement beau, et cette beauté s'ajoute à la vision ordinaire.

C'est un art très graphique et très épuré, spirituel et profond. Kengki Koentjoro est indonésien.

22 avril 2013

Vincent Van Gogh - Arles 1888 - 1889

"Ma chère soeur je crois qu'actuellement il faut peindre les aspects riches et magnifiques de la nature. Nous avons besoin de gaité et de bonheur, d'espérance et d'amour.

Plus je me fais laid, vieux, méchant, malade, pauvre, plus je veux me venger en faisant de la couleur brillante, bien arrangée, resplendissante."

16 avril 2013

Vincent Van Gogh - Arles - fev 1888-mai1889

"Après la crise que j'ai passée en venant ici, je ne peux plus faire des plans ni rien, je me porte mieux maintenant décidemment, mais l'ESPERANCE, le DESIR D'ARRIVER est cassé et je travaille PAR NECESSITE, pour ne pas tant souffrir moralement, pour me distraire."

 

(Note de Vale Decem : pour répondre à ta question, Sandrine) :

"Au lieu de chercher à rendre exactement ce que j'ai devant les yeux, je me sers de la couleur plus arbitrairement pour m'exprimer fortement... je vais te donner un exemple de ce que je veux dire. Je voudrais faire le portrait d'un ami artiste, qui rêve de grands rêves, qui travaille comme le rossignol chante, parce que c'est ainsi sa nature. Cet homme sera blond. Je voudrais mettre dans le tableau mon appréciation, mon amour que j'ai pour lui. Je le peindrai donc tel quel, aussi fidèlement que je pourrai, pour commencer. Mais le tableau n'est pas fini ainsi. Pour le finir je vais maintenant être coloriste arbitraire. J'exagère le blond de la chevelure, j'arrive aux tons orangés, aux chromes, au citron pâle. Derrière la tête, au lieu de peindre le mur banal du mesquin appartement, je peins l'infini, je fais un fond simple du bleu le plus riche, le plus intense, que je puisse confectionner, et par cette simple combinaison la tête blonde éclairée sur ce fond bleu riche, obtient un effet mystérieux comme l'étoile dans l'azur profond.

Pareillement dans le portrait de paysan j'ai procédé de cette façon. Toutefois sans vouloir dans ce cas évoquer l'éclat mystérieux d'une pâle étoile dans l'infini. Mais en supposant l'homme terrible que j'avais à faire en pleine fournaise de la moisson, en plein midi. De là des orangés fulgurants comme du fer rougi, de là des tons de vieil or lumineux dans les ténèbres.

Ah, mon cher frère... et les bonnes personnes ne verront dans cette exagération que de la caricature."

Vincent Van Gogh

4 avril 2013

Arles, avril 1888

"Mon cher copain Bernard,

Merci de ta bonne lettre et des croquis y inclus de ta décoration que je trouve bien drôle. Je regrette parfois de ne pas pouvoir me résoudre à travailler davantage chez moi et de fantaisie. Certainement l'imagination est une capacité qu'il nous faut développer et elle seule peut nous faire arriver à créer une nature plus exaltante et plus consolatrice que ce que le clin d'oeil seul sur la réalité - que nous apercevons changeante, passant vite comme l'éclair - nous fasse apercevoir."

Vincent Van Gogh

16 mars 2013

Don et travail - Faculté créatrice et obsession - Mélancolie

Vincent - Drenthe (sept - dec 1883)

"Le commerce des oeuvres d'art entraîne avec lui certains préjugés auxquels j'estime possible que tu restes encore attaché, notamment que peindre est un don ? Certes oui, c'est un don, mais pas comme ils l'entendent ; il faut tendre les mains pour le saisir, et le saisir n'est pas facile ; il ne faut pas s'attendre à ce que le don se révèle de lui-même. Il y a bien quelque chose, mais pas du tout comme on le dit. C'est en travaillant qu'on apprend ; c'est en peignant qu'on devient peintre. Si l'on veut devenir peintre, si on en a l'envie, si on sent ce que tu sens, alors on le peut ; mais ce "pouvoir-là" va de pair avec la peine, les soucis, les déceptions, les heures de mélancolie, d'impuissance, et tout ça. Voilà ce que j'en pense. Je trouve que peindre est une telle obsession que j'ai été forcé de faire un croquis à l'instant pour n'y plus penser." 

"On ne saurait étouffer la faculté créatrice ; ce qu'on ressent doit finalement se manifester."

"Le travail est un besoin absolu pour moi (...) il n'y a que le travail qui me procure de la joie. Ce qui veut dire que la joie qui me vient d'ailleurs est coupée net et que je tombe en proie à la mélancolie dès que je dois m'arrêter."

15 mars 2013

(Ecrit par vincent 7 ans avant sa mort)

"Machinalement, sans aucune raison précise, j'ajoute quelques lignes à ma lettre, pour te faire part d'une idée qui m'est venue à l'esprit.

Non seulement je me suis mis à dessiner relativement assez tard, mais encore, je ne suis pas sûr de vivre encore beaucoup d'années.

Si je calcule de sang froid (...), je crois pouvoir conclure que mon corps tiendra le coup pendant disons six à dix ans. Si je me dépense sans compter au cours de ces dix années, je ne franchirai pas le cap de la quarantaine. J'ai n'ai pas l'intention de me ménager, ni de repousser les émotions et les peines - il m'est relativement indifférent de vivre plus ou moins longtemps. (...)

Je sais une seule chose avec certitude : je dois achever en quelques années une tâche déterminée ; point n'est besoin de me dépêcher outre mesure, car cela ne mène à rien - je dois me tenir à mon travail avec calme et sérénité, aussi régulièrement et aussi ardemment que possible ; le monde ne m'importe guère, si ce n'est que j'ai une dette envers lui, et aussi l'obligation, parce que j'y ai déambulé pendant trente années, de lui laisser par gratitude quelques souvenirs sous forme de dessins ou de tableaux - qui n'ont pas été entrepris pour plaire à l'une ou l'autre tendance, mais pour exprimer un sentiment humain sincère.

Donc, mon oeuvre constitue mon unique but - si je concentre tous mes efforts sur cette pensée, tout ce que je ferai ou ne ferai pas deviendra simple et facile, dans la mesure où ma vie ne ressemblera pas à un chaos et où tous mes actes tendront vers ce but. (...)

Je suis tenu de réaliser en quelques années une oeuvre pleine de coeur et d'amour".

3 janvier 2012

Le but. Questions

"Peindre un tableau n'a pas pour but de faire un tableau - si déraisonnable que cela puisse paraître. Le but - et c'est le fondement de toute oeuvre d'art véritable - est d'atteindre un état de l'être, un état de fonctionnement intense, un instant inhabituel de notre existence. Le tableau n'est rien d'autre qu'un sous-produit de cet état, une trace, une empreinte."

Robert Henri extrait de "the art spirit"

Le dessin et la peinture sont des moyens. On a tendance à se focaliser sur la qualité de ces trâces. Pourquoi ? Est-ce ce qui importe vraiment ?

Comment s'articulent "Progresser dans son apprentissage" et "progresser dans sa capacité à atteindre ces instants précieux" ? Les deux vont-ils de paire ?

Comment s'articulent "Progresser dans son apprentissage" et "Améliorer la qualité de ces instants précieux" ? Les deux vont-ils de paire ?

Une autre citation :

L'art est une forme de conscience d'une délicatesse suprême... qui tend à l'unicité, unicité de l'auteur et de l'objet... L'image doit entièrement émaner de l'artiste... "

D.H Lawrence

15 octobre 2011

Cours de modelage - 5

Pas de photo à montrer car j'avais oublié mon APN. Séance de finition de ma femme allongée. J'ai fait quelques corrections minimes, ajouté un sein oublié, des cheveux. Ensuite j'ai donné une texture au socle à l'aide d'une espèce de pinceau-putois rigide et une autre à la chevelure avec une pierre rugueuse. Lissage du corps avec plusieurs outils souples, sur manche ou sous forme de plaquettes.

Le modelage prend en séchant un toucher très agréable. La prof m'a fait prendre le modelage en main pour "me l'approprier" et lisser sous toutes les coutures. Pour finir j'ai signé de mes initiales sur l'envers.

J'ai pris de la graîne des conseils avisés de mes généreux lecteurs et de l'enthousiasme décomplexé de mes collègues de la peinture à l'huile. Cela m'a permis de prendre plus de distance et de plaisir, par la même occasion. Merci à tous ;-)

Mon modelage n'est certes pas conforme à l'idée de départ, il n'est pas parfaitement proportionné, mais il est unique et personnel et finalement il me plaît tel qu'il est ! Il va sécher le temps des vacances de la Toussaint. J'ai hâte de le retrouver cuit. Je dois réfléchir à quelle finition lui donner. Et aussi à mon prochain projet :-)

26 septembre 2011

Cours de modelage 2

Début de séance - Je redécouvre le visage grimaçant que j'ai modelé la dernière fois. "Souffrant" comme dit ma voisine d'en face.  J'ai préparé une documentation, quelques images de grotesques dessinés ou sculptés pour voir comment se structurent les traits du visage.

J'attaque les sourcils, je les modèle, je les fronce, je veux matérialiser la colère dans la terre. Problème : au fur et à mesure la colère monte  en moi jusqu'à prendre le contrôle et se tourner contre ce que je tiens dans les mains. Je détruis tous les traits du visage, je les lisse consciencieusement, la tête redevient boule. Ronde et lisse.

Pour finir je l'écrase, j'enfonce mes doigts dans la terre. je l'aplati j'en fais une galette. Je la rends presque inutilisable à force de la chauffer.

ça n'a pas traîné. Mais je savais plus ou moins que j'en arriverai là. Dès la semaine dernière. J'en avais parlé. Je n'aimais pas ce que j'étais en train d'exprimer.

Je veux modeler des sentiments c'est ce qui m'intéresse. Des émotions des états d'âme. Je sais maintenant que pour ça il faut les laisser monter mais en rester maître.

Je pense que ça vaut la peine de mener ce projet de grotesque à son terme. Je pense m'y recoller. Mais seule et chez moi. Et réserver des sujets plus légers pour les séances en groupes. Prendre une photo du modelage en cours à chaque étape serait une bonne chose.

A la fin de la séance j'ai repris de la terre, et j'ai commencé à monter un nu feminin. Un peu plus léger. Mais bon. Expressif lui aussi...

26 juin 2013

Picasso - Propos sur l'Art -3

"Dire que je n'ai jamais pu faire un tableau ! Je commence dans une idée, et puis, ça devient tout autre chose."

"On ne sait jamais ce que l'on va faire. On commence un tableau et ça devient quelque chose de tout à fait différent. C'est curieux combien le vouloir de l'artiste compte peu. C'est embêtant : on a toujours à côté de soi un amateur qui vous dit : "Je n'aime pas ça." Ou : "Ce n'est pas comme ça que ça devrait être." Il s'accroche aux pinceaux qui deviennent lourds, lourds... Il n'y connaît rien, mais il est toujours là."

"Les tableaux ne sont que recherche et expériences.

Je ne fais jamais un tableau comme un oeuvre d'art. C'est toujours une recherche. Je cherche constamment, et il y a un enchaînement logique dans toute cette recherche. C'est pourquoi je les numérote. Je les numérote et je les date."

"Le rythme est une perception du temps. La répétition du motif dans cette chaise en osier est un rythme. La fatigue de la main lorsqu'on dessine est un rythme."

"Une peinture n'existe pas - elle ne peut être un simple objet matériel. Une peinture est une machine à imprimer la mémoire. Le collectionneur qui l'achète n'achète pas un objet. Il achète quelque chose d'intangible, et un beau jour il se réveille avec seulement un cadre autour d'un espace invisible."

"Pour moi chaque tableau est une étude. Je me dis : je vais un jour le finir, en faire une chose finie. Mais dès que je commence à le finir, il devient un autre tableau et je crois que je vais le refaire. Et c'est toujours quelque chose d'autre à la fin. Si j'y retouche, j'en fais un nouveau tableau."

"Les accidents (en regardant un tableau), essayez de les changer - c'est impossible. L'accidentel révèle l'homme."

"La période bleue n'était pas une question de lumière ou de couleur. C'était une nécessité intérieure de peindre ainsi."

A propos du cubisme : "J'ai vu que tout avait été fait. Il fallait rompre pour faire sa révolution et repartir de zéro. Je me suis obligé à aller vers le nouveau mouvement. Le problème est comment passer, contourner l'objet et donner une expression plastique au résultat." "Tout ceci est ma lutte pour rompre avec l'aspect bidimensionnel."

"La peinture est une chose de l'intelligence. On le voit dans Manet. On voit l'intelligence dans chacun des coups de pinceau de Manet, et l'action de l'intelligence est visible dans le film sur Matisse, lorsqu'on regarde Matisse dessiner, hésiter, puis commencer à exprimer sa pensée avec une touche assurée."

"Retomber, vivre sur soi-même, se retirer est stérile. La communication avec l'extérieur est féconde."

8 mai 2013

Je peins pour que le jour

Je peins pour que le jour où je ne serai plus
On sache comme l'air et le plaisir m'ont plu,
Et que mon tableau porte à la foule future
Comme j'aimais la vie de l'heureuse Nature.

Attentif aux travaux des champs et des maisons,
J'ai marqué chaque jour la forme des saisons,
Parce que l'eau, la terre et la montagne flamme
En nul endroit ne sont si belles qu'en mon âme !

J'ai montré ce que j'ai vu et ce que j'ai senti,
D'un coeur pour qui le vrai ne fut point trop hardi,
Et j'ai eu cette ardeur, par l'amour intimée,
Pour être, après la mort, parfois encore aimé,

Et qu'une femme, alors, voyant ce que j'ai peins,
Sentant par moi son coeur ému, troublé, surpris,
Ayant tout oublié de réels amoureux,
M'accueille dans son âme et me préfère à eux...

 

D'après "j'écris pour que le jour" d'Anna de Noailles -
(Version personnelle modifiée inspirée par Vincent Van Gogh)

25 novembre 2011

Denis Felix

A chaque fois que je me rends dans la grande librairie la plus proche, je parcours les livres de photographie à la recherche de beaux visages à dessiner. Rien jusqu'à maintenant qui me corresponde suffisamment.

Enfin à ma dernière visite, un livre magnifique. Le photographe s'appelle Denis Felix. Les photos sont en noir et blanc, les visages superbes. J'ai envie de tout dessiner. Une merveille.

Le livre s'intitule "au fil de l'homme".

18 novembre 2013

La solitude des nombres premiers

Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes. Ils occupent leur place dans la série infinie des nombres naturels, écrasés comme les autres entre deux semblables, mais à un pas de distance. Ce sont des nombres soupçonneux et solitaires, raison pour laquelle Mattia les trouvait merveilleux. Il lui arrivait de se dire qu'ils figuraient dans cette séquence par erreur, qu'ils y avaient été piégés telles des perles enfilées. Mais il songeait aussi que ces nombres auraient peut-être préféré être comme les autres, juste des nombres quelconques, et qu'ils n'en étaient pas capables. Cette seconde pensée l'effleurait surtout le soir, dans l'entrelacement chaotique d'images qui précède le sommeil, quand l'esprit est trop faible pour se raconter des mensonges.

A un cours de première année, Mattia avait appris que certains nombres premiers ont quelque chose de particulier. Les mathématiciens les appellent premiers jumeaux : ce sont des couples de nombres premiers voisins, ou plutôt presque voisins, car il y a toujours entre eux un nombre pair qui les empêche de se toucher vraiment. Des nombres tels que le 11 et le 13, tels que le 17 et le 19, le 41 et le 43. Si l'on a la patience de continuer, on découvre que ces couples se raréfient progressivement. On tombe sur des nombres premiers de plus en plus isolés, égarés dans cet espace silencieux et rythmé, constitué de seuls chiffres, et l'on a le pressentiment angoissant que les couples rencontrés jusqu'alors n'étaient qu'un fait accidentel, que leur véritable destin consiste à rester seuls. Mais au moment où l'on s'apprête à baisser les bras, découragé, on déniche deux autres jumeaux, serrés l'un contre l'autre. Les mathématiciens partagent la conviction que, pour autant qu'on puisse poursuivre cet exercice, on en trouvera toujours deux autres, même s'il est impossible de déterminer où jusqu'à ce qu'on les découvre.

Mattia pensait qu'Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment. Il ne lui avait jamais dit.

Paolo Giordano - La solitude des nombres premiers

11 mars 2013

Citations

Vincent Van Gogh

"Si le but d'une oeuvre est d'apporter la paix, de proclamer "sursum corda" (élevez vos coeurs), elle est doublement tonique. Car on est moins seul quand on se dit : il est vrai que je suis solitaire, mais il se peut que mon oeuvre parle à mon ami tandis que je me trouve ici sans ouvrir la bouche, et celui qui la voit ne me soupçonnera pas de manquer de charité."

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"Ce qu'on appelle "noir et blanc" consiste somme toute à peindre en noir - peindre en ce sens qu'il faut donner au dessin la profondeur des effets et la richesse des nuances, dont une toile ne peut se passer. Dernièrement, tu as dit avec raison que chaque coloriste emploie une gamme de couleurs qui lui est propre. Cela s'applique également au noir et blanc, car tout cela revient au même au fond : il faut savoir passer des lumières les plus subtiles aux ombres les plus profondes, rien qu'en se servant de quelques ingrédients. Certains dessinateurs travaillent d'une main nerveuse, de sorte que leur technique acquiert pour ainsi dire la résonance caractéristique d'un violon, alors que d'autres, font plutôt penser à un piano. N'es-tu pas de cet avis, toi aussi ?

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"L'art et l'amour sont parallèles, (...) on passe de la mélancolie à l'entrain et à l'enthousiasme, cela se prolonge, mais le ballottement se fait sentir de plus en plus fort."

28 mars 2014

Drawing now 2014 - Galerie Biousse Foucher - La galerie particulière

Je n'ai fait que passer rapidement devant certaines galeries, mais chez d'autres c'est plusieurs artistes qui ont retenu mon attention. c'est le cas pour la galerie Biousse Foucher - la galerie particulière 16 rue du Perche Paris 75003. Je vous engage à visiter leur site internet (sans oublier de cliquer sur le lien "artistes invités"). Pour ma part je pense que j'irai plus longuement et que j'écrirai des articles sur d'autres dessinateurs qui n'étaient pas au salon.

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