Picasso - Propos sur l'Art -2
"L'artiste est un réceptacle d'émotions venues de n'importe où : du ciel, de la terre, d'un morceau de papier, d'une figure qui passe, d'une toile d'araignée. C'est pourquoi il ne faut pas distinguer entre les choses. Pour elles il n'y a pas de quartiers de noblesse."
"Le peintre subit des états de plénitude et d'évacuation. C'est là tout le secret de l'art. Je me promène dans la forêt de Fontainebleau. J'y attrape une indigestion de vert. Il faut que j'évacue cette sensation sur un tableau. Le vert y domine. Le peintre fait de la peinture, comme un besoin urgent de se décharger de ses sensations et de ses visions."
"Les hommes font tout à leur image, depuis Dieu jusqu'au tableau."
"Ce n'est pas ce que l'artiste fait qui compte, mais ce qu'il est... Ce qui nous intéresse, c'est l'inquiétude de Cézanne, c'est l'enseignement de Cézanne, ce sont les tourments de Van Gogh, c'est-à-dire le drame de l'homme. Le reste est faux."
"Je ne vois pas pourquoi tout le monde s'occupe d'art, lui demande des comptes, et à son sujet laisse libre cours à sa propre sottise. Les musées sont autant de mensonges, les gens qui s'occupent d'art sont pour la plupart des imposteurs... Nous en avons fait (des tableaux) de pauvres choses ridicules. Nous sommes attachés à des mythes au lieu de sentir ce qu'il y avait de vie intérieure chez les hommes qui les ont faits."
"Tout le monde veut comprendre la peinture. Pourquoi n'essaie-t-on pas de comprendre le chant des oiseaux ? Pourquoi aime-t-on une nuit, une fleur, tout ce qui entoure l'homme sans chercher à les comprendre ? Tandis que pour la peinture, on veut comprendre. Qu'ils comprennent surtout que l'artiste oeuvre par nécessité ; qu'il est, lui aussi, un infime élément du monde, auquel il ne faudrait pas prêter plus d'importance qu'à tant de choses de la nature qui nous charment mais que nous ne nous expliquons pas. Ceux qui cherchent à expliquer un tableau font la plupart du temps fausse route."
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"Que croyez-vous que soit un artiste ! Un imbécile qui n'a que des yeux s'il est peintre, des oreilles s'il est musicien ou une lyre à tous les étages du coeur s'il est poète, ou même , s'il est un boxeur, seulement des muscles ? Bien au contraire, il est en même temps un être politique, constamment en éveil devant les déchirants, ardents ou doux évènements du monde, se façonnant de toute pièce à leur image. Comment serait-il possible de se désintéresser des autres hommes, et, en vertu de quelle nonchalance ivoirine, de se détacher d'une vie qu'ils vous apportent si copieusement ! Non, la peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensive et défensive contre l'ennemi."
Guernica - Picasso - 1937 - 349 cm x 766 cm
En 1937, L’Espagne est en guerre civile. Les troupes du général Franco, opposées aux républicains, s’allient à Hitler et l’Allemagne nazie. Le lundi 26 avril 1937, jour de marché, cinq escadrilles d’avions allemands, escortées par des bombardiers italiens et des avions de chasse, procèdent au bombardement de la ville afin de tester leurs nouvelles armes. L’attaque commence à 16 h 30, aux bombes explosives, puis à la mitrailleuse, et enfin aux bombes incendiaires. Après avoir lâché quelque cinquante tonnes de bombes incendiaires, les derniers avions quittent le ciel de Guernica vers 19 h 40. Après le massacre, 20 % de la ville est en flammes, et l’aide des pompiers s’avérant inefficace, le feu se propage à 70 % des habitations.
L’humanité toute entière est témoin de la libération des camps.
Massacre en Corée - Picasso - 1951
Le 25 juin 1950, 7 divisions nord-coréennes franchissent le 38e parallèle et lancent à l'assaut 90 000 hommes et plus de 150 chars, appuyés par 1700 pièces d'artillerie et 200 avions. En face, la République de Corée n'aligne que 4 divisions, aussi mal équipées que mal préparées; en deux jours, Séoul tombe, et en une semaine plus de 34 000 soldats - un tiers des forces du jeune Etat - sont tombés, faits prisonniers ou disparus. C'est le début de la guerre de Corée, le premier conflit de haute intensité de la guerre froide et la première intervention des Nations-Unies fondées trois ans auparavant.
Dans l'attente de renforts en hommes, armes et munitions, les premières unités américaines envoyées en Corée subissent de plein fouet la déferlante communiste. un repli général est ordonné sur des positions défensives, dans le périmètre de Pusan.
Lorsque les Nord-Coréens attaquent ce périmètre en franchissant le fleuve Natkong, le 4 août, plus de 80% du territoire sont entre leurs mains, et les Forces armées américaines ont effectué en un mois une retraite de près de 300 km, en contact permanent ou presque avec l'ennemi, et au milieu d'innombrables réfugiés. C'est durant cette période que des atrocités auraient été commises par ces troupes, dont des centaines de civils sud-coréens seraient victimes.
Picasso - Propos sur l'Art
"Je me demandais s'il ne fallait pas représenter les faits tels qu'on les connaît plutôt que tels qu'on les voit".
Portrait de Marie Thérèse Walter - Picasso 1939
"Un tableau peut représenter l'idée des choses ; il peut d'autre part, représenter l'aspect extérieur des choses, sans leur porter atteinte. En effet, on ne copie jamais la nature, on ne l'imite pas davantage, on laisse des objets imaginés revêtir des apparences réelles."
"Bien des fois je fais un portrait qui ne ressemble en rien à l'original... et tout le monde le reconnaît."
Portrait d'Ambroise Vollard - Picasso 1910
"Pour moi, un tableau n'est jamais une fin, ni un aboutissement, mais plutôt un heureux hasard et une expérience."
"Auparavant les tableaux s'acheminaient vers leur fin par progression. Chaque jour apportait quelque chose de nouveau. Un tableau était une somme d'additions. Chez moi, un tableau est une somme de destructions. Je fais un tableau, ensuite je le détruis. Mais à la fin du compte rien n'est perdu ; le rouge que j'ai enlevé d'une part se trouve quelque part ailleurs."
"Il serait très curieux de fixer photographiquement, non pas les étapes d'un tableau, mais ses métamorphoses. On s'apercevrait peut-être par quel chemin un cerveau s'achemine vers la concrétisation de son rêve."
"C'est la main qui fait tout, souvent sans intervention de la pensée."
"Le tableau n'est pas pensé et fixé d'avance, pendant qu'on le fait il suit la mobilité de la pensée. Fini, il change davantage, selon l'état de celui qui le regarde. Un tableau vit sa vie comme un être vivant, subit les changements que la vie quotidienne nous impose. Cela est naturel puisqu'un tableau ne vit que par celui qui le regarde."
"Au moment où je fais le tableau, je pense à un blanc et j'applique un blanc. Mais je ne peux continuer à travailler, penser et appliquer un blanc ; les couleurs comme les traits suivent la mobilité de l'émotion. Vous avez vu le croquis que j'ai fait d'un tableau avec toutes les indications de couleurs. Qu'en reste-t-il ? Pourtant le blanc que j'ai pensé, le vert que j'ai pensé sont dans le tableau ; mais pas à la place prévue, ni dans la quantité pensée."
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"Il y a des peintres qui transforment le soleil en une tache jaune, mais il y en a d'autres qui, grâce à leur art et leur intelligence, transforment une tache jaune en soleil."
"Au fond, tout ne tient qu'à soi. C'est un soleil dans le ventre aux mille rayons. C'est uniquement pour cela, par exemple, que Matisse est Matisse. C'est qu'il porte ce soleil dans le ventre."
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"L'oeuvre qu'on fait est une façon de tenir son journal."
"Pour le peintre qui, à l'occasion d'une exposition, voit revenir quelques-unes de ses toiles de très loin, il semble qu'il s'agisse là d'enfants prodigues mais qui retournent à la maison en chemises d'or."
"Au fond, il n'y a que l'amour. Quel qu'il soit. Et l'on devrait crever les yeux aux peintres comme l'on fait aux chardonnerets pour qu'ils chantent mieux."
Paysans endormis - Picasso 1919
"Je mets dans mes tableaux tout ce que j'aime."
"Ce que je souhaite c'est que de mon tableau se dégage uniquement l'émotion."
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"Rien ne peut être fait sans la solitude. Je me suis créé une solitude que personne ne soupçonne."
Portrait d'Olga - Picasso -1922
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"Il n'y a pas d'art abstrait. Il faut toujours commencer par quelque chose. On peut ensuite enlever toute apparence de réalité ; il n'y a plus de danger, car l'idée de l'objet a laissé une empreinte ineffaçable. C'est lui qui a provoqué l'artiste, a excité ses idées, mis en mouvement ses émotions. Idées et émotions seront définitivement prisonnières de son oeuvre ; quoi qu'elles fassent, elles ne pourront plus s'échapper du tableau ; elles en font partie intégrante, alors même que leur présence n'est plus discernable. Qu'il le veuille ou non, l'homme est l'instrument de la nature ; elle lui impose son caractère, son apparence."
"Il n'y a pas, non plus, d'art figuratif et non figuratif. Toutes choses nous apparaissent sous forme de figures. Même en métaphysique les idées sont exprimées par des figures, alors vous pensez combien il serait absurde de penser à la peinture sans les images des figures. Un personnage, un objet, un cercle, sont des figures ; elles agissent sur nous plus ou moins intensément. Les unes sont plus près de nos sensations, produisent des émotions qui touchent à nos facultés affectives ; d'autres s'adressent plus particulièrement à l'intellect. Il faut les accepter toutes, car mon esprit a autant besoin d'émotions que mes sens. Croyez vous que cela m'intéresse que ce tableau représente deux personnages ? Ces deux personnages ont existé, ils n'existent plus. Leur vision m'a donné une émotion initiale, petit à petit leur présence réelle s'est estompée, ils sont devenus pour moi une fiction, puis ils ont disparu.. Ce ne sont plus pour moi deux personnages, mais des formes et des couleurs, entendons nous, des formes et des couleurs qui résument cependant l'idée des deux personnages et conservent la vibration de leur vie."
Picasso - Propos sur Henri Rousseau
"La première toile de ce peintre, que j'ai eu l'occasion d'acquérir, produisit sur moi un effet étonnant. Je suivais un jour la rue des Martyrs. Un marchand à bric-à-brac était en train d'étaler des toiles le long du mur de sa boutique. Un portrait attira mon attention. C'était une tête de femme, au regard sévère et pénétrant, limpide et résolu : un regard de femme française. La toile était énorme. Je demandai le prix. "Cent sous, me répondit le marchand. Vous nettoierez la toile et vous pourrez travailler dessus."
C'est le portrait psychologique le plus vrai de l'école française."
Jardin - les rosiers grimpants sur la pergola
Au jardin les années se suivent et se ressemblent, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait une autre. Les plantes vivent leur vie, se ressèment, émigrent, colonisent, dans une joyeux laisser aller. La pergola disparaît sous les rosiers, les violettes s'échappent des massifs, les paquerettes remplacent le gazon, la nature n'en fait qu'à sa tête. De temps en temps on coupe ici ou là, on remet un peu d'ordre, on fait comme si on était maître des choses, mais on sait bien qu'on ne fait pas partie de la discussion. Le grand rosier liane a recouvert le cerisier japonais, qui ne sort plus que le haut de sa tête. Des boutons par milliers qui éclateront bientot tout en blanc. Pour l'instant c'est le rose qui ouvre le bal. Le jardin a 16 ans. Ici il n'y avait rien, que la terre. Maintenant les troncs des arbres que nous avons plantés ne tiennent plus dans nos mains.
Vincent et Pablo
Van Gogh, solitaire, pas d'enfants, long apprentissage du dessin, carrière courte, pas de succès de son vivant, mort prématurée.
Vincent Van Gogh - 1866 (13 ans)
Picasso, beaucoup d'amis, plusieurs femmes, des enfants, dessinateur précoce, longue carrière, gros succès, longue vie.
Pablo Picasso - autoportrait 1896 (15 ans)
Tous deux devenus des mythes. Tous deux créateurs impulsifs et acharnés, traceurs de routes, sensibles. Tous deux chercheurs de gaité et de jeunesse, et tristes, au fond.
Girafe
Feutre et crayons de couleur - 29 x 42 cm
Quand je commence un dessin, je n'ai aucune idée de ce que je vais faire. J'accueille ce qui nait petit à petit. Ici je suis vraiment étonnée du résultat. C'est tellement différent du dessin précédent !
J'ai pris une feuille, le compas et la règle et j'ai commencé à tracer. J'ai d'abord trouvé la forme de la girafe, puis j'ai ajouté la rosace, j'ai trouvé amusant l'effet produit :-)
Le taureau de Picasso - Fernand Mourlot (lithographe)
... "L'opération a duré quinze jours. Le 5 décembre 1945, un mois après son arrivée rue de Chabrol, Picasso a dessiné au lavis un taureau. Un taureau magnifique, très bien fait, gentil même. Et puis on lui a donné l'épreuve; nous en avons tiré à peine deux ou trois, ce qui fait que ce taureau est extrêmement rare. Une semaine après, il revient et il demande une nouvelle pierre; il reprend son taureau au lavis et à la plume; il recommence le 18. Troisième état, le taureau est repris au grattage à plat, puis à la plume en accentuant fortement les volumes; le taureau est devenu un animal terrible avec des cornes et des yeux effroyables. Bon, ça n'allait pas, Picasso éxécute un quatrième état, le 22 décembre, et un cinquième, le 24; à chaque fois il simplifie le dessin qui devient de plus en plus géomètrique avec des aplats noirs.

Pablo Picasso, Les 11 états successifs de la lithographie Le Taureau , 1945.
Sixième et septième états, les 26 et 28 décembre, puis, après le retour de Picasso, quatre autres états, onze en tout, les 5, 10 et 17 janvier. Le taureau est réduit à sa plus simple expression; quelques traits d'une maîtrise exceptionnelle qui symbolisent comme un jeu de signes ce malheureux taureau avec sa petite tête d'épingle et ses cornes ridicules en forme d'antenne. Les ouvriers se désolaient d'avoir vu un taureau aussi magnifique transformé en une espèce de fourmi...
... C'est Célestin qui a trouvé le mot de la fin : "Picasso, il a fini par là où, normalement, il aurait dû commencer." C'est vrai, seulement pour arriver à son taureau d'une seule ligne, il a fallu qu'il passe par tous les taureaux précédents. Et quand on voit son onzième taureau on ne peut s'imaginer le travail qu'il lui a demandé".
Fernand Mourlot, Gravés dans ma mémoire, Ed. Robert Laffont, 1979
ça ne vous rappelle rien ? Mais si... une histoire de dragon souvenez-vous...















